Projet PartiSCiP

Les sciences participatives aujourd’hui

Bien que représentant une fraction très minoritaire de l’ensemble des activités de recherche, les « sciences participatives » ou « citizen science » connaissent une croissance certaine depuis une dizaine d’années, dans une grande variété de domaines, de l’écologie à l’astrophysique, en passant la biologie fondamentale. Elles font en outre l’objet d’un intérêt croissant de la part des philosophes et sociologues, ou des scientifiques eux-même.

D’un point de vue descriptif, un des enjeux centraux est de proposer une typologie des sciences participatives reflétant bien la diversité des modes d’engagement citoyens :

  • Qui définit le problème ?
  • Qui dresse le plan d’étude ?
  • Qui collecte les données ?
  • Qui les analyse ?
  • Qui les interprète ?

Les classifications les plus courantes donnent à voir tout un spectre de pratiques, allant de la collecte passive ou active de données (« crowd-sourcing ») à la co-construction des questions de recherche, des stratégies de résolution, de l’interprétation des résultats. Le rapport Houllier remis en 2016 au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche retient trois catégories: les « sciences citoyennes » (désignent la contribution des citoyens amateurs à la collecte et à l’analyse des données), le « community-based research » (se bas sur la collaboration entre des chercheurs et des groupes concernés pour diagnostiquer et résoudre des problèmes qui les affectent), les « recherches participatives » (ayant pour objectif de résoudre certains grands défis sociétaux en collaboration avec les populations concernées). De manière générale, il semble que deux gradients structurent l’espace des sciences participatives : le degré de participation des citoyens, et leur degré de neutralité (ou respectivement, d’engagement) vis-à-vis de la question de recherche.

D’un point de vue plus normatif, il est possible d’interroger les sciences participatives à travers ses enjeux politiques d’une part, et épistémologiques, de l’autre. Dans le premier cas, on met l’accent sur l’émancipation des citoyens, et en particulier celle des groupes marginalisés, que favorise la popularisation de la démarche et des résultats scientifiques. Dans le second cas, le problème principal est celui des conséquences épistémologiques de la participation : dans quelles conditions celle-ci a-t-elle un impact positif sur la production des connaissances ? Quelles sont les limites à lui imposer. Le projet Idex Impulsion que nous menons se propose d’aborder cette question à travers la riche voie d’entrée que constitue la notion d’objectivité. Tout comme celle de participation, la notion d’objectivité est complexe et polysémique. L’intersection des différents usages de ces concepts donne à voir une grande variété d’enjeux largement indépendants, qu’il convient de distinguer avec attention. Ce travail d’analyse conceptuel pourra ensuite être éventuellement confronté aux réalités de la participation citoyenne dans la France contemporaine.

Quelques programmes de sciences participatives en France et en Europe

Bibliographie indicative

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https ://www.cnrs.fr/comets/IMG/pdf/comets-avis-sciences citoyennes-25 juin 2015.pdf
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http ://ec.europa.eu/environment/integration/research/newsalert/pdf/IR9 en.pdf

Commission Européenne. (2014).
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https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/news/green-paper-citizen-science-europe-towards-society-empowered-citizens-and-enhanced-research

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